Au cœur du projet du collectif Fourchefolies se situe la notion de territoire. Plus encore même, celle de la relation au lieu, et à toutx les vivantx et non-vivantx qui l’habitent.
« Agis dans ton lieu, pense avec le monde »
Édouard Glissant
Dans sa poésie et son travail militant, Glissant introduisait déjà une réflexion et une posture dans lesquelles se retrouve aujourd’hui le collectif. Invitant toujours à la tentative, à l’essai, au tremblement, il entendait adapter sa pensée sur le monde à ce qui le rend vivant : l’imaginaire des lieux et les relations qui s’y déploient.
Regarder le monde par sa poésie, ses histoires et ses reliances, consiste pour le collectif à s’ancrer dans un lieu. Y prendre racine. Comme une application stricto sensus de l’écologie, entendue justemement dans une relation à l’οἶκος, à la maison, au foyer.
Nous pencher ainsi sur notre maison nichée entre les collines et la plaine du Poitou, nous amène forcément à mettre en lumière l’imaginaire et les histoires de ce pays poitevin. Un territoire dont la culture a comme trop souvent été victime de l’effactement culturel et du projet politique nationaliste française*.
« Dire que j’avais vécu toutes ces années sans me douter que cette culture que l’on disait inexistante, ou
que l’on tenait pour morte, il suffisait d’en susciter la mémoire pour la voir jaillir. Que l’on ne me parle
jamais de la mort naturelle des cultures. Il n’y a jamais de mort naturelle en ce domaine. Il y a condamnation
par le mépris, il y a ignorance et oubli, il y a assassinat délibéré. »
André Pacher, poète, musicien et militant poitevin
Notre projet politique envisage donc de visibiliser cette culture régionale. De transmettre sa langue, ses musiques, ses légendes en les faisant vivre. Permettre à chacunx de la rencontrer, de se l'approprier, de la faire résonner avec d’autres, de la réaliser. C’est faire vivre cette culture populaire, cette culture des genx de la terre et des genx d’aujourd’hui. Comme une vive préférence pour les terres en friches et les racines vivaces des mauvaises herbes.
Car aborder la notion de de racine nous paraît d’autant plus importante qu’elle est éminement politique. Dans un contexte de montée des fascismes et des identitarismes, la question de l’attachement au territoire est devenu un objet politique savamment manipulé par l’extrême droite identitaire, laquelle s’est arrogé le monopole de l’attachement au pays.
Face à cela, le collectif entend faire valoir son regard et son attachement sensible au lieu. Dans son point de vue, les mots de racines, de pays, de mémoire, de traditions sont à mille lieux des sens que leur donnent les nostalgistes et les réactionnaires.
Ce sont des concepts chargés de vie et de mouvement, dont chaque génération d’humainx s’est emparée, a sans cesse adapté à son époque pour les faire perdurer. Toute culture vivante est hybride, métissée et évolutive, aussi locale et poitevine soit-elle.
À notre tour aujourd’hui, d’actualiser et de teinter cette culture de nos mots : ceux d’antifascisme, d’antinationalisme de décolonialisme, de queerité, d’ouverture, d’amour, de dialogue et de révolution. Et de rendre cette teinte vivante, palpable, par la poésie, par l’image, par le spectacle, par fête, par le collectif.
« L’expérience esthétique qui fait d’un lieu un paysage ou d’un paysage
un lieu est une bonne manière d'ôter aux élans
romantiques ou chauvins le monopole de l’amour des lieux, et d’intégrer
dans cet amour les médiations que sont l’attention, l’observation, l’enquête. »
Joëlle Zask, Se tenir quelque part sur terre : comment parler des lieux qu’on aime
Nos racines à nous sont celles de l’ortie, du chien-dent et du liseron.
Elles volent au vent, nagent dans les ruisseaux, et s’accrochent au pelage des chevreuils.
Quand vient le moment de s’implanter parmis les voisinx d’une prairie, des bords d’une mare ou d’une forêt, elles y restent, l’aiment et la chérissent.