L'histoire


Le Collectif Fourchefolies est une association loi 1901, fondée en 2022 par Eugénie Verbe, Félix Billy-Ferrait, Marine Chatenet et Tom Rivière.

★ Les prémices tutiens

L’histoire du collectif Fourchefolies remonte à l’été 2021, entre un petit coin de Fourchefière et les bords de la Loire tourangelle. Pendant une année de péripéties pandémiques, les membres de la troupe du Théâtre Universitaire de Tours, dont Félix et Eugénie faisaient partie, tentèrent tant bien que mal de se retrouver dans le seul espace de vie commune et de création collective qu’il leur restait.

Investissant les moindres recoins de la toute vide faculté des Tanneurs, ces tutiens et tutiennes cherchèrent l’être ensemble dans les moindres failles, dans les amphithéâtres déserts et les marécages vaseux de la Loire, en montant une adaptation du 1984 de Georges Orwell, sous la direction du collectif Nightshot. « Monter sur scène, pouvoir être ensemble, exprimer son bonheur de jouer, de dire un texte [trouvèrent chez les seize étudiant·e·x] une résonance toute singulière avec la période de crise sanitaire », raconta à l’époque la gazette locale.

Suite à cette intense année d’expérience humaine et théâtrale, la troupe ne pu s’empêcher de se réunir une dernière fois avant l’été, avant de se dire au revoir. Au mois de juin, Fourchefière accueillait ainsi ses premiers convives, semant l’idée de voir un jour revenir une bande de théâtreux·ses entre l’étang et l’écurie du Transval.

★ La naissance du collectif

L’année suivante, Eugénie, Félix et Tom voulurent donc recommencer. Entre temps, iels rencontraient - toujours au TUT - Marine, qui très tôt les rejoignit dans l’envie de bidouiller, monter des projets et faire du théâtre entre copaines. Et de faire ça dans les règles de l’art.

A l’ombre du jardin des beaux-arts, iels conçurent le canva d'un évènement, une forme qui allait sans conteste être appelée à évoluer, mais qui leur permettait d’au moins commencer quelque part. Tous quatre avaient appris sur les planches du théâtre universitaire l’importance de l’exigence artistique, celle aussi de la légitimation des expérimentations de chacun·e, la force du faire-ensemble, du faire-troupe.

Leurs tempêtes de cervelles les conduirent alors vers l’idée d’un festival artistique, démocratique et autogéré, le FADA. En juin 2022, iels accueillirent d’ancien·ne·x et de nouvelleaux convives. Des tutien·ne·x, mais pas que : d’autres artistes, expérimentateurices ou simples curieux·ses. La remorque était cette fois de sortie devant les portes de l’écurie grandes ouvertes.

Scène de la remorque, fada 2022 © Collectif Fourchefolies

Toute la nuit, cette première bande de fadais·e·x s’entraîna dans un moment magique de scène ouverte. Chacun·e·x grimpait la remorque, devant un fond de scène de trois rideaux, à la lumière d’une guirlande et sous le vol des chauve-souris. Chacun·e·x révélait à l’assemblée son parcours personnel de l’audition du TUT, lisait un texte caché au fond de son cellulaire, chantait la chanson de ses grands-parents, s’essayait à un numéro de strip-tease savamment répété dans une chambre d’étudiant, ou se découvrait un plus ou moins véritable talent pour le jonglage.

Performance des Jhalulu, fada 2022 - © Collectif Fourchefolies

Il aura fallu de cette nuit-là pour trouver la recette du collectif Fourchefolies : de la spontanéité et de la bienveillance, de l’audace et de la convivialité sans faille. Entre la poussière de la grange et le vrombissement des trains qui passent, bien loin de la professionnelle salle Thélème qui l'avait vu naître, le collectif avait trouvé où poser son nid. Ne restait plus qu’ s’y installer pour longtemps, préparant déjà l’année prochaine en pensant aux paliers à franchir et aux papiers à remplir.

En novembre 2022, Tom, Marine, Félix et Eugénie se réunirent pour adresser une jolie lettre à madame la préfète des Deux-Sèvres, et par la même, fonder officiellement le collectif Fourchefolies. Le bureau de l'association était formé, l’aventure du FADA lancée, et sérieusement cette fois.

★ Le FADA

En 2023, les membres du collectif virent les choses en grand. Fort·e·s de la magie du FADA passé et toujours porté·e·s par l’impulsion tutienne dirigé par la compagnie Grièche à poitrine rose et dont Marine, Eugénie et Tom faisaient toujours partie, iels entreprirent de monter deux pièces spécialement pour le FADA.

L’envie de faire du théâtre ensemble, par elleux-mêmes, et de le partager dans un cadre serein, bienveillant, préservé d’un esprit de compétition académique, fût le maître mot de cette année. Seulement, il fallait pour cela un espace de jeu digne de ce nom, plus confortable peut-être qu’une remorque de tracteur.

En un hiver et en parallèle des formations universitaires de chacun·e, le collectif se lança dans la construction de sa scène, un humble plateau de vingt-quatre mètres carrés, tout de palettes recyclées.

Entre-temps rejoint par Alice, tutienne également, le collectif se consacra à plusieurs semaines de résidences d’écriture et de jeu, qu'il ponctua bien sûr d'une lecture publique dans sa maison des Tanneurs. À l'été, le collectif était prêt à montrer ses deux créations. La première, Le Dernier homme hirsute et son oiseau, écrit, mis en scène et interprété par Tom, Eugénie et Félix ; la seconde, Toute la nuit j’ai rêvé du jour, écrit et mis en scène par Marine, interprété par elle, Alice et Félix.

C’est avec beaucoup de fierté et encore plus de débrouille, que le collectif inaugura en juin 2023, son nouveau terrain de jeu. Ayant pris ses quartiers dans la grange du Transval, il a alors fallu cohabiter avec une famille de chouettes chevêchettes, faire avec la crotte sur la scéno et assister à la fin du FADA, à la naissance de trois petits oisillons : le nom poitevin de ces colocataires fût tout trouvé pour baptiser cette si accueillante « scène de la choucasse ».

À la lumière de trois projecteurs reliés à une multiprise, le collectif a fait avec les moyens du bord, mais entendait déjà montrer combien, avec peu de choses dans les poches, il était possible d’une pierre deux coups, de rêver et de faire rêver les autres.

Les années suivantes, iels ont invité laissé la scène à d’autres copaines, et d’autres disciplines artistiques. Peu à peu, la grange, la remorque, l’étang, le poulailler, devenaient des premières scènes, pour celles et ceux qui tâtonnaient encore, n’avaient jamais encore vraiment osé, n’avaient jamais encore trouvé de public pour partager leurs créations. Et des copaines revenaient l’année suivante, avec toujours plus d’idées, de textes et de joie à partager. Le collectif s’est alors rapproché de collectifs amis : la compagnie On ne peut pas mourir, le Zonz System, la compagnie Théâtromanie, le collectif Pissenlit Production.

La choucasse, regardait ses oisillons grandir, s’étoffer le plumage et se faire le bec, prêt·e·s à voler de leurs propres ailes.

★ S'envoler à vol de choucasse

A l’automne 2024, le collectif avait franchit de nouveaux paliers. Tom ayant quitté le collectif, le reste de l’équipe s’interrogeait encore sur la forme du FADA et son devenir. Au fil des ans, cette histoire commençait à devenir sérieuse et à prendre une grande place dans les vies déjà bien chargées de ses membres.

L’enjeu était de soigner la place de chacun·e, de faire entendre sa voix et de la respecter. L’équipe s’est alors passionnée pour la mise en commun et le faire-ensemble. À l’aide de l’armada d’outils qu’amenait Marine, il se lança dans un grand chantier qui ne cesse de l’animer depuis. Il chercha comment, concrètement et au-delà de la seule étiquette, penser en collectif, élaborer en collectif, agir en collectif. S’inscrire pour cela dans un mouvement plus général, échanger avec des collectifs ami·e·x, s’inspirer d’exemples voisins, se forcer à communiquer surtout, partout, tout le temps. Comment enfin FAIRE COLLECTIF, en dépassant les simples discours, les conciliant avec les actes, sans reproduire les erreurs de celleux qui se sont déjà lancé·e·x sur ce chemin semé d’embûches.

L’autre gros chantier du moment a été de réfléchir aux valeurs et aux ambitions du collectif. Il décida donc de coucher tout cela sur papier et se lança pour cela dans la rédaction d’un manifeste. En une douzaine de paragraphes, il détailla sa soif de refuges et de retrouvailles, sa défense de nos archives personnelles et collectives, l’importance politique de l’acte créatif, de l’intime, du regard et de nos imaginaires.

Il était alors temps de rebaptiser son FADA, qui avait déjà bien évolué et le faire coller avec les sensibilités et les ambitions nouvelles de l’équipe. Il fallait trouver comment nommer cette forme si particulière, pas tout à fait festival, pas vraiment résidence non plus, un peu plus foyer. Il faillait le rendre plus proche de ce qu’il était réellement devenu, et de ce que le collectif entendait en faire désormais. Si bien que sur les hauteurs d’un petit chalet de Maurienne, les fadets en vacance chez leurs cousins les sèrvans , se firent glisser par eux l’idée d’un grand festin. Un festin comme le collectif sait si bien les faire. Un festin d’images, de sons, de vidéos, de couleurs, de témoignages vivants, pour un héritage commun et sensible. Un festin artistique, de débrouilles et d’archives.

Fleur du fada